A Moubarak...
MARTIN DIAKITE

A Moubarak...

Des jeunes gamins du Mali ont pris le monde du basket par surprise et leur capitaine tire sa motivation d’une personne en particulier!

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Το Mubarak…

Nous nous sommes rencontrés le 3 août 2018. Je suis arrivé à Bamako dans la nuit pour préparer la Coupe d'Afrique des moins de 18 ans. Nous n'avions pas le choix des chambres et de toute manière je ne connaissais aucun joueur parmis les 16 pré sélectionnés. Moubarak a un an de moins que moi et le coach m'a placé dans sa chambre dans le but que je le cadre. 

"C'est un jeune plein de potentiel mais facilement influençable, je veux que tu t'occupes de lui, qu'il reste concentré toute la préparation" m'a-t-il dit. 

J'ai ainsi découvert ce jeune joueur évoluant au Mali, je suis né en France et j'ai toujours vécu en France où la culture est différente mais nous nous sommes tout de suite très bien entendu.

Il m'apprenait des mots de bambara (langue malienne) et nous discutions beaucoup. Les discutions tournaient autour du basket forcément, nous comparions aussi nos deux cultures et nous parlions beaucoup de la France. 

Il faut savoir que comme tous les joueurs évoluant au Mali, Moubarak rêvait et rêve toujours de partir jouer à l'étranger, et notamment en France! Il me posait beaucoup de question sur le niveau de jeu, le style de basket joué en France etc. Nous sommes réellement devenus des amis, nous passions notre temps libres à regarder des films, à rigoler et à danser dans notre chambre. A la fin de ces 3 semaines de préparation, nous avons tous les deux étés retenus pour participer à la coupe d'Afrique. 

Et quelle compétition... Gagner une coupe d'Afrique devant son public était vraiment quelque chose d'unique, un moment en dehors du temps! 

Nous sommes alors devenus frères. Mais malgré sa bonne compétition, Moubarak n'a pas trouvé de club en dehors du Mali, je suis rentré en France et il est resté. C'est très difficile de ne pas culpabiliser quand on voit nos conditions de vie en France et en Europe plus largement, c'est très difficile de ne pas penser à lui et aux autres joueurs qui n'ont pas cette chance. 

Malgré la pauvreté et les conditions de vie, je ne l'ai jamais entendu se plaindre, je peux vous assurer qu'on se plaint plus en France qu'au Mali... 

Nous sommes restés en contact et Moubarak a travaillé extrêmement dur toute la saison avec comme objectif la coupe du monde u19. Apres presque 1 an je suis retourné à Bamako, le 29 mai 2019, pour cette fois ci préparer cette fameuse coupe du monde. 

J'ai ainsi retrouvé mon frère et nous avons de nouveau partagé la même chambre. Nous avons retrouvé nos habitudes, et nous parlions de ce que nous avions accomplis l'an passé en espérant marquer l'histoire du basket mondial ensemble.

Moubarak avait beaucoup progressé, c'est un très fort shooteur à 3pts et ses pourcentages étaient excellents en préparation. Il filait tout droit vers la coupe du monde. 

Mais à 10 jours du départ, Moubarak s'est blessé au genoux... Les médecins lui ont donné 3 jours d'arrêt. Il a donc repris l'entraînement, en boitant, à une semaine du départ. Malgré la douleur, il s'accrochait. Il faut bien comprendre que le basket représente une issue de secours pour lui, un moyen de s'en sortir dans la vie, de pouvoir aider sa famille. 

Il voyait réellement la coupe du monde comme un tremplin qui lui permettrait de réaliser son rêve et de venir jouer en France... 

Il est même allé jusqu'à se rajouter une séance de tir à 5 heure du matin en plus de nos deux entraînements journaliers, lorsque je me levais à 7h pour aller au petit déjeuner, il était déjà à la salle... Je l'ai vu faire temps d'efforts, pour essayer de récupérer, tellement d’efforts...

Mais le verdict medical est tombé, Moubarak ne pouvait pas participer à la compétition.

Je ne pourrai expliquer à quel point il a été atteint, il fallait être la avec lui pour comprendre, son monde s'est écroulé, ses rêves se sont envolés et la réalité nous a brutalement rattrapé. 

J'ai eu du mal à accepter la nouvelle, je ne pouvais pas croire que cela tombait sur lui.. Il méritait plus que quiconque de participer à cette coupe du monde! Cela m'a profondément affecté. Malgré ça il est resté avec l'équipe jusqu'au départ à l'aéroport. 

Sa force mental, son esprit d'équipe et sa dévotion au basket-ball m'inspire tous les jours, et je joue chaque minute de cette compétition en son honneur, il est sur le terrain avec nous, dans nos pensées. 

Je m'interdis toute fatigue car je sais qu'il serait mort sur le parquet pour l'équipe si il le fallait.

C'est aussi pour cela que je sais qu'il sortira plus fort de cette blessure injuste et que Moubarak réalisera son rêve..

A toi mon frère...